Afrique : vers une transition énergétique équitable et abordable

Un appel fort au Africa CEO Forum
Lors du Africa CEO Forum d’Abidjan début mai 2025, les autorités sud-africaines ont porté la voix du continent : face aux exigences internationales de décarbonation, l’Afrique doit concilier croissance économique et durabilité. Gwede Mantashe, ministre des Ressources minérales et énergétiques, a souligné que le continent, contributeur mineur aux émissions mondiales, ne peut être tenu aux mêmes contraintes que les grandes puissances.
Les enjeux d’une transition juste
La proposition sud-africaine s’articule autour de trois priorités :
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Accessibilité : garantir l’électricité à près de 600 millions d’Africains encore privés d’un réseau fiable.
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Compétitivité : éviter que des mesures climatiques excessives n’alourdissent les coûts de production et pénalisent les exportations.
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Croissance inclusive : faire de l’énergie un levier de création d’emplois et d’industrialisation plutôt qu’un simple enjeu environnemental.
Pourquoi l’Afrique réclame-t-elle de la flexibilité ?
1. Émissions proportionnelles : l’Afrique ne génère qu’environ 3 % des gaz à effet de serre mondiaux.
2. Besoins fondamentaux non satisfaits : écoles, hôpitaux et industries peinent à se développer sans électricité stable.
3. Compétition mondiale : des coûts d’énergie plus élevés pourraient freiner la croissance des économies africaines.
Appel à un mécanisme adapté
Le ministre Mantashe a plaidé pour un mécanisme de tarification du carbone conçu pour les réalités africaines, qui :
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Encourage l’accès universel à l’énergie avant toute hausse tarifaire.
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Prend en compte la capacité financière des pays et des PME locales.
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Soutient les investissements dans les infrastructures et les filières vertes naissantes.
L’équilibre entre renouvelables et ressources fossiles
Si la diversification vers le solaire, l’éolien et l’hydroélectrique est volontiers soutenue, l’Afrique ne peut pas se priver immédiatement de ses centrales à charbon ou de ses gisements de gaz, qui demeurent des piliers économiques. Le forum a néanmoins mis en avant :
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Le déploiement de micro-réseaux solaires pour les zones isolées.
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Le rôle du gaz comme énergie de transition, avec des études en cours pour optimiser son usage.
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L’importance de solutions de stockage pour stabiliser les réseaux face à l’intermittence des renouvelables.
Les bénéfices économiques d’une transition maîtrisée
Adopter une feuille de route progressive permettrait de :
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Protéger les industries : métallurgie, chimie et agroalimentaire dépendant d’une énergie à bas coût.
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Attirer les capitaux : des investisseurs sensibles aux critères environnementaux et sociaux s’engagent plus facilement sur des projets viables.
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Créer des emplois dans la construction et la maintenance des installations renouvelables.
Les leviers politiques à activer
Pour réussir cette ambition, les États africains doivent renforcer la coordination régionale via l’Union africaine et les groupements sous-régionaux (CEDEAO, SADC) afin de :
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Harmoniser les normes techniques et faciliter les échanges d’énergie transfrontaliers.
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Mettre en place des incitations – fiscales et réglementaires – pour les projets verts.
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Développer la formation professionnelle dédiée aux métiers de l’énergie durable.
Pistes de financement et partenariats
Plusieurs discussions ont eu lieu avec la Banque africaine de développement pour des prêts à conditions favorables destinés aux fermes solaires, et avec des partenaires internationaux pour moderniser les réseaux de distribution. Des groupes de travail ont aussi évoqué la nécessité de soutenir la recherche et l’innovation dans le stockage de l’électricité.
Une vision partagée pour 2030
Les participants ont réaffirmé les ambitions continentales d’accroître progressivement la part des énergies renouvelables et de diminuer l’intensité carbone des économies, dans l’esprit des feuilles de route de l’Union africaine. Ils insistent sur la nécessité d’un calendrier réaliste, associant accès à l’énergie et objectifs climatiques, afin de ne laisser personne de côté.
En plaçant le développement et la durabilité au même niveau, l’Afrique choisit une voie qui préserve ses atouts naturels tout en garantissant la prospérité de ses populations.
